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Flâneries d'hiver

  • le castellaras de Thorenc sous la neige

     

    Depuis la plaine en bas, on aperçoit tout là haut les ruines d'un château-fort. Castellaras 06 02 2010 (19).JPG

    Au pas lent et lourd de mes raquettes à neige je monte ce matin là, au Castellaras de Thorenc. J'aime ces lieux. Je m'apaise ici des encombrements et des urgences du proche littoral. L'espace s' ouvre et invite à la rêverie. Le temps se dilate. Dans la plaine tout en bas, en dessous de moi j'aperçois, tout petits, les énormes bisons de la réserve biologique des Monts d'Azur. 700 hectares de bois et de prairies préservés sur lesquels une équipe de passionnés tente de reconstituer la grande faune des origines des pays européens. Ici cohabitent bisons d'Europe, chevaux sauvages, renards, lynx en attendant l'ours et le loup chassés à jamais de ces terres par des siècles de traque.


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    J'observe les silhouettes puissantes des bêtes préhistoriques qui se découpent puissamment en noir sur le blanc du pré. J'imagine de lointains ancêtres ligures premiers occupants des lieux portant sur le troupeau un regard plus directement intéressé.

    L'ancien rempart est toujours debout. Je franchis enfin la chicane qui par une brèche donne accès à la plate-forme du sommet. Un vent glacial me pousse par le vieux chemin que je devine mal sous la poudreuse.

     

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    Je me hâte vers le pauvre abri de la chapelle qui dresse encore ses murs de pierres grises dans le ciel bleu acier de ce jour d'hiver. Il fait froid. Je regrette de ne pas avoir fait provision de bois en montant pour pouvoir allumer un feu. Ainsi faisait la vieille au temps où se groupaient ici quelques maisons autour de la chapelle au toit maintenant crevé  et de ce château dont on devine encore en face des restes bien fragiles. Je la vois cette femme courbée sous le fagot. Elle contourne une bâtisse où les hommes d'armes ont leur logis près des écuries. Elle entre par la petite porte de derrière. Elle jette là le plus gros de sa charge au sol sous le regard dur d'un homme de garde à triste mine. Ils n'échangent pas un mot et elle repart avec sous le bras une maigre fascine sans doute réservée  pour sa propre cheminée.
    "Ainsi-soit- il " prononce-t-elle entre ses dents. Cette prière elle la connait depuis qu'elle est toute petite. Les corvées se  succèdent pour le seigneur  qui leur fait payer sa protection au prix fort. Mais mieux vaut cela que de finir dans les mains des bandes  qui sévissent dans la plaine. Depuis qu'il rôde par ci, le condottière, le Vita, il guette la place. Le seigneur est vieux et lui non plus n'a pas de fils. Que deviendrons nous à sa mort se demande Anaïs tout en espérant mourir avant lui.

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    Chaque matin, la peur au ventre elle descend avec sa hotte d'osier sur le dos, pour travailler  plus bas les champs du Comte avec les autres.  Et le soir, elle remonte un peu de bonne terre  pour garnir les deux ou trois planches où, comme chacun, elle cultive les raves et les choux pour la soupe.  Heureusement il y a la chèvre.
    Anaïs n'a plus d'homme et c'est encore plus dur pour elle que pour ceux qui sont deux.

    Des vies qui se sont effilochées autrefois, ici, au long des durs hivers et moi seul aujourd'hui dans ces ruines que la neige enveloppe du drap blanc de l'oubli.

    Seul pas tout à fait je repense à Anaïs. Elle a du être jeune, aimer rire et danser. J'ai soudain envie de la faire revivre et de continuer à écrire son histoire.

    le domaine du haut thorenc

    http://www.haut-thorenc.com