08.11.2009
Mons, un village tranquille où les femmes ne s'en laissent pas conter.

Mons est dans le Var. Perché à 814 m d'altitude. Loin. Loin de tout. Loin de la côte, du bruit, de la vie factice, de l'agitation, des autoroutes et des trains.
Assis au soleil sur la place saint Sébastien je vis là des moments d'éternité. La vue s'étend plein sud, jusqu'à la mer qui est à 30 kilomètres, depuis la côte italienne jusqu'à Toulon avec en face les îles de Lerins et même la Corse par temps clair.
Les vieilles maisons sont serrées les unes contre les autres, les ruelles sont étroites et le village est comme un chat qui dort, allongé sur son éperon rocheux. 
Au XIVème siècle le pays a été ravagé par les sauterelles. La famine et la peste sont venues à bout de la population. Un seigneur local fit venir une quarantaine de familles de la région de Gênes en Italie pour repeupler et cultiver les terres. C'est à eux et à leurs descendants que l'on doit ces beaux paysages apaisants de restanques, avec leurs murets de pierre sèche et leurs champs d'olivier. Les anciens d'ici parlent encore un patois local mâtiné d'italien, le figoun.
A la sainte Agathe, le premier samedi de Février, les femmes sortent ensemble et font un banquet. Ces maris restent à la maison. Ce jour là aucun homme à la table de l'auberge. Après le repas toujours très animé et arrosé elles font une farandole aux lanternes dans les rues du village, elles frappent aux portes et se choisissent librement un cavalier pour danser toute la nuit. Le lendemain de ce tumultueux carnaval chacun rentre chez soi et l'on reprend le travail.
Dans de nombreuses régions de France on fête la sainte Agathe. Voici sa terrible histoire. Elle vivait en Sicile au IIIème siècle, près de Catane. Elle était jeune et fort belle. Le gouverneur romain de l'ile l'avait remarquée. Il la désirait et lui fit de pressantes avances. Elle se refusa à lui à plusieurs reprises. Il la fit enfermer dans un lupanar. Comme elle ne pliait pas, il la fit torturer et entre autres sévices on lui trancha les seins. Elle est souvent représentée avec ses seins dans un plateau qu'elle tient à la main. Elle est invoquée contre les tremblement s de terre et les incendies car la ville fut sauvée lors d'une erruption de l'Etna grâce à son linceul que l'on étendit sur la lave brûlante dont une coulée menaçait la ville.
Elle symbolise sans doute la résistance féminnine à la domination masculine et c'est peut-être aussi la protectrice des féministes modernes.
C'est ce caractère d'insoumission qui est en tout cas à l'honneur à Mons .




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08.10.2009
Sur les traces du loup dans le Mercantour
Au Boréon, le loup est de retour sur ses terres.
C'est là, en effet, qu'en 1906, les derniers loups sont abattus, à une époque où ils étaient considérés comme nuisibles, alors qu'aujourd'hui, c'est une espèce protégée. La prime était encore de 100 francs pour un mâle et 150 pour une femelle. A l'époque le salaire moyen horaire d'un ouvrier était de 5 F.
Depuis plus personne ! On n'a plus vu le loup. Eradiqué ?
L'animal a réapparu en France à l'automne de 1992. Un couple est observé à la jumelle le 5 novembre, dans le vallon de Mollières, au-dessus de Saint Martin Vésubie, par deux gardes du parc du Mercantour. Silence et black-out sur le sujet. Il fallait éviter d'alarmer les populations. Ce fut peut-être une erreur de communication qui allait s'avérer fatale.
En effet depuis, sur cette réapparition deux hypothèses et deux camps s'affrontent. Les uns, appelons les « les écolos » parlent de repeuplement naturel par des bêtes venues des Abruzzes, en Italie où le loup s'était maintenu depuis la fin du 19ème siècle. Les autres, appelons les « les bergers » disent qu'il s'agit d'une ré-introduction voulue et plus ou moins organisée.
On parle dans la vallée, de lâchers de loups la nuit et même d'hélitreuillages. Les anti-loups n'en démordent pas. 17 ans plus tard le malentendu demeure.
Une espèce protégée dans un parc national
Il faut le reconnaître, depuis 1992 le loup s'est installé et a colonisé les Alpes du Sud et même du Nord. Il multiplie les attaques
de troupeaux de moutons provoquant la colère des éleveurs peu enclins à accepter la cohabitation. Pourtant il faut le rappeler, d'une part nous sommes dans le Mercantour, dans le cadre d'un parc national dont l'un des buts est de préserver la faune et par ailleurs l'espèce est protégée par la convention internationale de Berne puisqu'elle était en voie de disparition.
La population des loups des Alpes du Sud se répartit en 7 meutes dans des zones à cheval entre France et Italie. Roya, Vésubie, Tinée sont concernées. Mais depuis peu le massif du Cheiron, au-dessus de Grasse, aussi. En nombre d'animaux cela est estimé à une quarantaine, pour le Mercantour. Ces effectifs restent stables du fait des migrations vers d'autres territoires et du braconnage par arme à feu ou poison. Les loups peuvent couvrir de grandes distances ( 60 à 90 km par jour) et s'aventurent du bas des vallées près des maisons jusqu'aux plus hauts cols.
Une observation difficile et des rencontres improbables
Peu de randonneurs, quelques gardes ont eu l'occasion de rencontrer de visu Canis lupus. Il se fond dans le paysage, bouge la nuit. Il n'est détectable qu'en mouvement et en groupe. Il est plus facile de repérer des crottes ou des traces dans la neige ou la boue. Les rencontres sont de l'ordre d'une trentaine par an pour 400 000 visiteurs du parc sans compter les habitants sur place. Cet été en juillet 2009, pour la première fois deux gardes ont pu capturer une femelle de 6 ans et la relâcher après lui avoir passé un collier GPS. Cette opération s'inscrit dans un programme d'études de l'activité du loup en tant que prédateur. L'hiver le loup descend vers le bas des vallées. Un photographe professionnel Cédric Robion a réalisé de beaux clichés au téléobjectif à cette saison. Cela a donné un superbe album publié avec deux autres auteurs aux éditions l'Agence intitulé « Mercantour dans tous ces états ». Dans cet ouvrage, le loup sert de guide et nous fait découvrir le massif au gré de son propre cheminement.
Nous ne verrons pas le loup aujourd'hui. Il chasse la nuit et le jour il est invisible.
Une cohabitation difficile : la fable du loup et de l'agneau, mais aussi du berger.
Périodiquement, la presse locale relate des attaques de troupeaux de moutons. Actuellement, les éleveurs sont dédommagés, mais au terme d'enquêtes assez longues qui ne permettent pas toujours d'établir si les
morsures sont celles du loup ou de chiens errants.
Les bergers qui font la transhumance ont adapté leurs méthodes de travail. Autrefois ils pratiquaient un pacage libre et les moutons restaient dehors jour et nuit en altitude. Depuis peu les troupeaux sont abrités la nuit dans des parcs clos par de hauts grillages et des chiens Patou les encadrent. Ce gros chien est le seul capable de tenir en respect les loups.

Un film tourné de nuit en infrarouge montre le travail intelligent de protection de ces chiens durant toute une nuit où les attaques d'une meute de loup aux stratégies très inventives se multiplient. Je crois qu'on peut voir ce document au centre Alpha.
La crise du marché de la viande ovine avec les importations massives de Nouvelle Zélande explique aussi, en partie, le malaise chez les éleveurs de nos montagnes. Peut-être ont-ils trouvé avec le loup, leur bouc-émissaire ?
Face aux récriminations et sans doute aux véritables préjudices subis, des dispositions transitoires permettant le prélèvement annuel de 3 loups ont été autorisées. Un des épisodes rocambolesques de cette affaire a été le déplacement à grands frais en 2006 d'un trappeur américain grand spécialiste de la capture du prédateur. Au bout de quelques semaines il est reparti bredouille aux Etats unis. Le loup du Mercantour est comme nous, il ne s'en laisse pas conter par les « touristes » fussent-ils américains.
Le parc national quant à lui trouve son prestige rehaussé en qualité de haut lieu du retour du loup et d'espace naturel intégral. Il y a autour du loup des enjeux de tourisme et d'économie.
Le centre Alpha
Le Boréon est un centre d'activités de nature qui attire beaucoup de visiteurs. On y trouve un site pour le ski de fond et les raquettes en hiver, un parcours de pêche sportive et le centre Alpha, parc animalier dédié au loup.
Ce centre a ouvert en 2006. Il accueille sur 6 hectares, en semi-liberté une trentaine de loups, la plupart originaires d'Europe de l'Est et deux ou trois de souche locale, la même que ceux évoluant librement dans la montagne autour. Dans deux anciennes vacheries aménagées sont proposés trois remarquables spectacles multimédias. Toute la problématique du loup est présentée là, sous forme scénarisée. C'est très bien fait. On écoute tour à tour, les arguments d'un éleveur, le père, dont la fille dans le rôle d'une scientifique attachée au parc du Mercantour défend la présence du loup, cependant que le grand-père évoque l'histoire et les multiples légendes attachées à l'animal fabuleux.
C'est là, au centre Alpha qu'il faut aller pour voir des loups et prendre des photos. Allez-y en hiver, la neige ajoute au pouvoir évocateur du lieu. Il faut quand même être patient pour voir les loups. Ils ont du terrain à disposition et ce n'est pas un zoo. Des cabanes d'observation en bois dissimulent les visiteurs pour ne pas effaroucher les loups, somme toute très craintifs.
http://www.alpha-loup.com/
photos JRF prises au centre Alpha
16:52 Publié dans animaux | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : loup, mercantour, boréon, alpha, saint martin vésubie
17.09.2009
Sur les pas de Bonnard au Cannet
Depuis sa maison du Bosquet Bonnard montait par des traverses jusqu'au chemin du canal. Il dessinait, prenait des notes. Au hasard de ses promenades, il saisissait des détails de couleurs, de construction. Dans la rue, par une fenêtre ouverte sur un intérieur, une table de cuisine avec des oignons s'offrait. Plus haut le panorama s'élargissait à toute la baie de Cannes avec en fond de toile l'Estérel. Il esquissait quitte à peindre plus tard à l'atelier. Pas de chevalet mais seulement des carnets.
Pour retrouver les paysages du Cannet et de Cannes tels que Bonnard les a peints, il faut faire abstraction de beaucoup de choses. L'urbanisation a tout bousculé. Mais les végétaux, par exemple, n'ont pas changé. Pins, palmiers, grands cyprés noirs et oliviers argentés sont au rendez-vous. On peut agéablement se replonger dans la palette du peintre avec ses différents verts, ses jaunes ensoleillés, ses bleutés denses.
Il ne travaillait pas de couleurs pures, à la sortie du tube comme certains fauves de son époque. Avec lui le mélange des tons se fait deux fois : Une fois c'est lui qui brasse les coloris sur sa palette et ensuite c'est l'oeil de celui qui regarde qui mélange à son tour.
Dans les toiles de Bonnard il y a souvent une histoire dans l'histoire. Quelque chose à voir au travers d'autre chose. Les actuels riverains du chemin du canal ont protégé leurs superbes villas des regards indiscrets par des clotures qui coupent la vue sur la baie. Ils s'approprient ainsi, sans doute sans le savoir, ce qui est un patrimoine commun, c'est à dire le monde selon Bonnard. Des inconditionnels ont crevé les bâches qui font écran et des trous dans le mur offrent des occasions de curieuses photos qui ne sont pas sans rappeler le travail du peintre sur le cadrage. On raconte qu'il peignait puis redécoupait ses toiles. Si des zones peintes ne l'interessaient plus, il découpait le pourtour.
Une dynamique des lignes, des effets chromatiques, une façon de cadrer , annonciateurs des grands rectangles de couleurs de l'art abstrait. Cet agave aurait-il tenté le peintre ?
La maison du Bosquet
, se cache dans la végétation. O n ne la v isite pas. C'est une propriété privée. Elle appartient à des descendants de Bonnard. A l'intérieur tout est resté tel quel, paraît-il. C'était une maison modeste mais avec le "confort moderne", chauffage central et salle de bain. On imagine Marthe au bain et l'étincelante brillance du carrelage.
Ah un détail encore que j'aime beaucoup. Il revenait toujours sur le fini de la toile, ne savait pas décider du moment où le tableau était achevé. Sur son lit de mort il a demandé son travail en cours pour une ultime retouche. Avec son ami Vuillard, il lui est même arrivé de retourner clandestinement la nuit dans un musée pour modifier un détail sur une oeuvre accrochée.
Ces quelques impressions font suite à une promenade "Sur les pas de Bonnard" organisée au Cannet à l'occasion de la fête du canal de la Siagne le 5 septembre. L'itinéraire emprunté à travers la vieille ville et vers les hauts est sans doute celui d'un futur parcours aménagé qui sera proposé aux visiteurs dès 2010. C'est en effet à cette date que s'ouvrira au Cannet un important musée Bonnard installé dans un très bel hôtel particulier de la fin du 19ème siècle, réaménagé, la villa Saint Vianney.
Le canal de la Siagne alimente l'agglomération cannoise en eau potable depuis 1868. La rivière est captée 44 km plushaut dans l'arrière pays à Saint Cézaire. Outre son rôle vital pour fournir près de 500 000 habitants de la région en eau, c'est un élément du patrimoine très apprécié des riverains. Ses berges ombragées serpentent dans la campagne du moyen pays. Il coule en partie à ciel ouvert et le chemin qui le longe est un remarquable lieu de promenade. Des petits ponts anciens le traversent pour desservir les propiétés voisines.
Il représente une véritable coulée verte qui permet une échappée pédestre depuis Cannes ou Le Cannet vers le Parc de la Valmasque et plus loin vers Grasse. Il doit rester possible de concilier les nécessités techniques du canal et la fréquentation respectueuse de ses berges.
16:27 Publié dans Peintres sur la Côte d'azur | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : bonnard, le cannet, canal de la siagne, musée bonnard, parc de la valmasque



