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Légendes d'ici

  • Une légende riche et marquante dans l'imaginaire provençal

    Une légende riche et  marquante

    dans l’imaginaire provençal !  -   Marie Madeleine et les saints de Provence

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    Imaginez, si vous le pouvez, une barque, une simple barque, sans rame ni voile, ni vivres, ni même eau potable, qui accoste, après un long voyage, sur une plage déserte, en Camargue, près d’un lieu qu’on appellera plus tard Les Saintes Marie de la Mer.

    Dans la barque, les rescapés de cet incroyable voyage disent venir de Palestine et leur embarcation aurait dérivé. Nous sommes quelques temps après la mort du Christ. Ils disent avoir été persécutés au nom de leurs liens  avec celui-ci.  Arrêtés puis déportés sur ce bateau  sans gouvernail ni voile, ni provisions ils devaient y mourir sans un miracle.

     

    Les passagers :

    A bord il y a 5 femmes, Marie Jacobée, la sœur de  la vierge,  Marie Salomé la mère des apôtres Jacques et Jean, leur servante Sarah (la Sara patronne des gitans qui depuis vont en pèlerinage chaque année aux Saintes) et Madeleine. Sont là aussi Marthe  et son frère Lazare, le ressuscité de la bible. Maximin et Joseph d’Arimatie avec le saint Graal sont du voyage aussi. Mais le Saint Graal c’est une autre histoire.

    Voyons d’ailleurs brièvement quelle fut la  destinée de chacun de ces malheureux émigrés. Maximin ira à Aix qu’il évangélisera et dont il deviendra évêque. Lazare à Marseille avec Madeleine qui y séjourne un moment. Marthe se rend à Tarascon où elle lutte contre une bête mythique, la tarasque, sorte de dragon qui symbolise le mal et le paganisme. Les fêtes de la Tarasque sont encore à Tarascon l’occasion de réjouissances populaires.

     

    Madeleine à la Sainte Baume :

    Mais, celle qui nous intéresse aujourd’hui c’est la Madeleine. Car c’est ici entre Nans-les-pins et Plan d’Aups, dans la  forêt, et plus précisément dans une grotte située a mi-paroi de la barre rocheuse sous laquelle nous sommes que la Madeleine aurait passé les trente dernières années de sa vie, dans l’amour ardent de celui qu’elle ne peut oublier Jésus. Elle a choisi de se retirer en un lieu désert et vit dans une grotte, une « baumo » en provençal. Cet endroit que nous visiterons est devenu la Sainte Baume. Elle vit là de façon ascétique, sans manger et dans la contrition et la prière car elle a été pécheresse. Le personnage est attachant. Il faut croire qu’il y a des saints moins tristes que d’autres. Madeleine a incontestablement une dimension humaine qui la fait proche de nous. Nous raconterons son histoire. A la fois charnelle et mystique elle est devenue l’héroïne  d’un des cultes les plus populaires de l’occident chrétien.

     

    Madeleine le Da Vinci Code et le cinéma:

    Le dernier avatar de la Madeleine est qu’elle est un personnage assez central, bien qu’absent, dans « Da vinci code » le livre au succès mondial de Dan Brown. Le film doit sortir ce printemps au moment du festival de Cannes. Sans dévoiler l’intrigue passionnante, disons que l’auteur émet l’hypothèse très risquée( pour les croyants) d’un mariage entre Jésus et Marie Madeleine. Ils auraient d’ailleurs eu des enfants et il y aurait encore actuellement des descendants du Christ. Seulement l’Eglise aurait soigneusement caché cette réalité ( toujours d’après Dan Brown) pour pouvoir affirmer la nature divine du Christ. Ce fut fait au concile de Nicée en 325. Là L’empereur chrétien Constantin impose le Nouveau Testament et les anciennes versions de la vie d’homme du Christ sont interdites. Ce sont les évangiles apocryphes. Il reste que le rôle de Madeleine a certainement été minimisé. C’était une femme. Dieu est une figure masculine, Jésus aussi. Les prêtres sont des hommes et ne se marient pas. Le pape est un homme. En bas de cette pyramide, la cellule de base de la société est la famille sous l’autorité de l’homme. C’est le machisme culturel ancestral avec lequel nous nous débattons encore. La vierge, elle n’échappera à tout cela que par le truchement de l’immaculée conception et de la virginité. Pour faire court on pourrait dire que les deux archétypes du machisme des vieilles civilisations méditerranéennes sont là : la mama , la vierge et la putain, Madeleine, pécheresse mais repentie.

    Il faudrait encore évoquer un autre film de  Scorcèse « la dernière tentation du christ » à ne pas confondre avec celui plus récent de Mel Gibson « la passion du Christ ». Tout dernièrement est sorti « Mary » un film d’Abel Ferrara avec Juliette Binoche dans le rôle de Marie.

    Dans quel état d’esprit entreprendre cette balade ?

    Chaque année, encore de nos jours, ce sont 250.000 visiteurs qui comme nous aujourd’hui montent à pied vers son nid d’aigle. Que l’on soit animé  par la foi ou par la curiosité, il faut marcher pour rencontrer Madeleine. Vous serez, sans doute, au moins,  touchés par la beauté farouche des lieux et par l’étrangeté du personnage et quelques temps de silence aidant ( ça n’est pas habituel dans nos sorties) , la grimpette peut être zen. C’est le mot qu’on emploie pour ceux que le terme de randonnée spirituelle effaroucherait.

     

    Légende et vérité historique :

                Tout ce qui a été dit jusqu’alors et ce qui suivra, c’est ce que rapporte la tradition. La légende est ancienne mais a surtout  pris corps dans un ouvrage de 1260, écrit par un dominicain Jacques de Voragine. C’est « la légende dorée » qui raconte  les vies de 180 saints et saintes dont Madeleine. Débarqués dans les années qui suivirent immédiatement la mort du Christ, les personnages que nous évoquions ci-dessus et qui étaient dans la barque auraient, chacun à sa façon, largement œuvré à une christianisation précoce de la Provence. Marie Salomé et Marie Jacobée seraient restées aux environs des Saintes, région qu’elles vont évangéliser. D’où 2 pèlerinages le 10 octobre pour la première, le 25 mai pour la seconde. Maximin deviendra évêque d’Aix. Lazare choisit Marseille où Madeleine séjournera un moment avec lui. Marthe se rendit à Tarascon où elle lutta contre une bête mythique, monstre symbole du paganisme, La Tarasque. Les fêtes de la Tarasque y sont encore célébrées chaque année.

    Que croire ? La réalité historique est autre. Les historiens situent les débuts de la christianisation de la Provence deux siècles après le débarquement hypothétique des saints provençaux, soit au III ème siècle. Deux dates sont certaines 254 mention du premier évêque d’Arles, 314 convocation du Concile d’Arles par l’empereur Constantin. L’église aurait donc laissé se propager la légende ? Oui certainement par volonté du clergé d’affirmer une origine au plus près des sources bibliques.

     

    La question des reliques et de la sépulture :

    Il reste que Marie-Madeleine aurait sa sépulture dans la crypte de la basilique de Saint Maximin. Mais personne n’oserait l’attester historiquement. Pas plus que  l’authenticité de ses reliques. La question des reliques prenait autrefois une importance qui nous échappe. Posséder une relique d’un saint pour une communauté ou une ville, c’était la fortune car les pèlerins affluaient, les auberges étaient pleines et économiquement l’affaire était rentable. On voit donc des paroisses et des moines se voler des fragments d’os ou des mèches de cheveux avec âpreté. Ainsi au 11ème siècle, les moines de Vézelay prétendirent détenir les reliques de Marie Madeleine. Devant la minceur des arguments des détenteurs de la sépulture bourguignonne, la tradition provençale l’emportera et en 1279, Charles d’Anjou « découvre » les reliques de la sainte à saint Maximin et y fait édifier une basilique et un couvent royal.. Le culte magdalénien repart de plus belle en Provence.

     

    La barque

    Les passagers

    Madeleine à la Sainte Baume

    Madeleine  le Da Vinci Code et le cinéma

    Dans quel état d’esprit faire cette balade ?

    Légende et vérité historique

    La question des reliques et de la sépulture.

     

     

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  • La grotte des hérétiques à Tende

    Ce dimanche de mai, avec quelques amis, nous montons, au rocher de Maïma et à la chapelle Saint-Sauveur au-dessus de Tende.

    Itinéraire : La balade part du centre de Tende, (balisage PR jaune) puis on s’élève par les balises 70, 71, 361, 349, pour redescendre par la 68 et après un crochet à la chapelle St Sauveur revenir sur la ville que l’on domine à la 67. Il faut compter 4 à 5 heures de marche et il y a 750 m de dénivelé. La montée est sans pitié et la descente très raide. Le descriptif complet est dans le guide « Alpes maritimes Mercantour de Reinhard Scholl aux éditions Rother au numéro 46. On ne trouve pas ce circuit dans le topo rando « haut pays » du conseil général. Le raccord pour atteindre la chapelle est impressionnant mais bien sécurisé avec des mains courantes en câble d’acier. On coupe d’ailleurs la via ferrata de Tende et l’on a le plaisir de voir évoluer les courageux, à hauteur d’une passerelle qui relie deux rochers et sur une tyrolienne spectaculaire.

    Une énigme nous a tracassés ce jour là : Le topo et la carte signalaient une « grotte des hérétiques » que nous avons aperçue de loin, sans l’atteindre ni en savoir plus. Quelle est l’histoire qui s’y rattache ? Peut-on y accéder ? Et comment ?

    Internet n’avait rien révélé. De retour je vais à un trésor d’archives confié par une amie de longue date qui a patiemment découpé tous les articles publiés depuis des années, dans Nice-matin, sur le patrimoine et l’arrière pays. Là nos questions trouvent enfin une réponse. Merci Jeannine !

    Légende : On la raconte encore, à Tende, à l’heure de l’apéritif ou les soirs d’hiver, autour d’un feu de cheminée. Il y a là-haut, sous le rocher de Maïma qui surplombe la ville, un trésor caché dans une grotte. Cette caverne, les anciens l’appelaient «la grotte des Cauettes ». Elle servait de refuge aux protestants, alors nombreux à Tende et persécutés. Ils y tenaient secrètement leur culte et ils auraient caché là, un formidable trésor accumulé durant des années pour faciliter leur exode, le jour où il faudrait définitivement quitter la ville. Depuis, malgré de nombreuses recherches, jamais personne n’a pu localiser le trésor ni s’en emparer. Mais il est toujours quelque part là-haut dans une des nombreuses cavités inaccessibles qui trouent la paroi.

    Histoire : Dans la région, au XVIème siècle, les protestants vivaient en paix, sous la protection du comte Claude de Lascaris, lui-même de foi réformée. Lorsque le très catholique Honoré de Lascaris succéda à Claude, la répression contre les hérétiques se durcit. En 1572, année du massacre de la St Barthélemy, deux factions s’opposèrent à Tende. D’un côté, les catholiques, groupés autour d’Urfée, marquise et sœur du comte Honoré et de l’autre, les calvinistes autour du comte de Villars, frère de Claude Lascaris. Le village se partagea en deux camps hostiles et les protestants furent chassés durement. L’histoire, elle, ne mentionne pas le trésor.

    Alors ? Trésor caché ou pas ? Le site est protégé et inscrit à l’inventaire des fouilles archéologiques à entreprendre…A suivre !

    Accès : Depuis Tende, on peut monter à la grotte des hérétiques en 45 minutes, en passant par le cimetière puis les balises 66,67,68 et en suivant aux intersections le fléchage « voie des hérétiques », sans doute un peu après l’embranchement pour la chapelle, en montant. Elle est à l’altitude 1100m. Il n’est pas certain qu’il sera plus intéressant d’y monter que de la regarder d’en dessous comme nous nous sommes contentés de le faire ce dimanche là. Elle est suffisamment impressionnante comme cela. Il paraît que c’est une belle salle de 10x12 m. L’entrée en est barrée par un mur où se découpe encore l’encadrement d’une porte. Cela nous l’avons vu de loin. A l’intérieur, deux chaires de pierre naturelle se font vis-à-vis.

     Pour les curieux, on pourra se reporter à « Tende et la Brigue » de Giorgio Beltrutti aux éditions du Cabri.

  • La chèvre d'or

    La légende de la "chèvre d'or" est omniprésente en Provence. On la retrouve à Gordes, aux Baux, en Avignon et dans les Alpes-maritimes, à Vallauris, Roquefort les Pins, Grasse. Beaucoup de lieux-dits, d'enseignes d'auberges et autres la signalent un peu partout. Elle est somptueusement évoquée par Paul Arène dans son récit.

    L'animal fabuleux a une toison couleur or, des cornes d'or, parfois des yeux de diamant. Elle est toujours la gardienne d'un trésor enfoui dans une grotte, un aven, un souterrain. En général ce trésor est lié aux templiers ou à des sarrasins en fuite qui auraient caché des pierres précieuses, des pièces de monnaie et de la vaisselle d'or et d'argent, avant de repartir pour leur lointain pays, comptant bien revenir un jour.

    Cette chèvre est un mythe, au sens que personne ne l'a jamais vue. En effet, malheur à qui aurait cherché à l'approcher, à la regarder, à la toucher. Celui-là est promis à disparaître à jamais, englouti dans les entrailles de la terre. La chèvre d'or est liée à un interdit majeur.

    Toutes les histoires que l'on raconte à son sujet ont une signification initiatique. Qu'y a-t-il à comprendre à cet interdit ? Ce dont elle est gardienne, ce trésor sous la terre, représente une sagesse enfouie difficilement accessible au commun des mortels. Une connaissance de nature divine. Seuls, ceux qui ont le cœur pur pourront  approcher cette vérité. Les ambitieux, les assoiffés de pouvoir, les gens avides et pressés se verront interdire le passage et seront punis pour  leur curiosité.

    Les justes et les simples reçoivent la récompense. Ils pourront voir, approcher, peut-être caresser la chèvre fabuleuse et du même coup entrer dans la Connaissance.

    Dans notre région plusieurs sites attestent de cette légende par leur appellation géographique.

    C'est le cas à Saint Vallier sur la barre qui domine au sud le vallon de Fèïssolade ( là où il fait soleil)  et qui s'appelle " la chèvre d'or". Voir la carte 3643 ET. Une randonnée au départ du col du Pilon à Saint Vallier de Thiey vous conduira vers une  tour en ruine. Il y aurait même eu ici, un temple antique dédié à la chèvre d'or. 

     

    Près de Nice des souterrains ont un nom qui évoque la légende.

    A Roquefort les Pins se trouve (ou ne se trouve pas car nous n'avons jamais pu la localiser lors de nos randonnées au Camp Tracier avec Jacques Lacour) une grotte de la chèvre d'or bien répertoriée et signalée sur la carte IGN.

    A Vallauris aussi et dans le Var à Lorgues, Draguignan ou le Tanneron.